11 février 2026

Wikimedica : une bibliothèque virtuelle évolutive pour améliorer la pratique clinique

5 min

Des médecins québécois créent Wikimedica, une plateforme collaborative qui se taille une place à l’international en publiant de l’information médicale en français, gratuitement et en libre accès.

Les connaissances médicales se multiplient à un rythme vertigineux. Pour les professionnels de la santé, rester à jour représente un défi constant, d’autant plus que l’accès à l’information demeure souvent laborieux, fragmenté ou conditionnel à des plateformes payantes. Dans ce contexte, la capacité à mobiliser rapidement des savoirs fiables et actualisés devient un enjeu central pour la qualité et la sécurité des soins.

C’est partant du constat que la connaissance est désormais trop vaste pour la seule mémoire humaine que les Drs Michaël St-Gelais et Antoine Mercier-Linteau ont fondé Wikimedica, une plateforme collaborative interprofessionnelle qui recense les savoirs médicaux de façon dynamique et qui les rend disponibles en français et en libre accès. « Wikimedica publie des contenus théoriques rédigés par et pour des professionnels de la santé d’ici, qu’il s’agisse d’un article sur une maladie rare ou fréquente, d’un protocole clinique ou encore de dépliants explicatifs pour les patients », présente le Dr St-Gelais.

Une plateforme collaborative et rigoureuse

Créé à l’Université Laval pour favoriser le partage de notes de cours entre étudiants en médecine, Wikimedica a évolué rapidement. « En 2018, nous avons délaissé le volet étudiant pour nous concentrer sur des contenus destinés aux professionnels. Nous avons fondé un OBNL voué à la gestion de la plateforme, et sollicité la participation du milieu clinique », raconte le Dr St-Gelais.

Chercheur reconnu pour ses travaux sur l’apport des wikis dans le monde de la santé et lui-même fondateur de WikiTrauma, le Dr Patrick Archambault, professeur au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université Laval et directeur scientifique entrant de l’Unité de soutien au système de santé apprenant (SSA) Québec, s’est intéressé au projet des Drs St-Gelais et Mercier-Linteau dès 2018 afin d’y apporter sa contribution.

« Wikimedica m’est apparu comme un véhicule idéal d’application et de gestion des connaissances pour le milieu hospitalier, affirme le spécialiste. Actuellement, les protocoles et outils sont disséminés à divers endroits ou derrière une multitude de mots de passe. En centralisant ces contenus sur une plateforme accessible, on pourrait facilement les partager entre intervenants et entre établissements afin de gagner en efficacité. »

Faciliter le partage des connaissances, en toute transparence

Depuis, Wikimedica a pu compter sur 461 contributeurs actifs issus du réseau de la santé. Le processus de publication s’inspire de celui des revues scientifiques, avec des étapes structurées d’édition et, au besoin, de révision par les pairs. Il présente toutefois deux avantages majeurs : la transparence et la souplesse, propres aux wikis.

« Chaque texte, ou objet de connaissance, est assorti d’une page de discussion qui permet de retracer le travail ayant mené à sa construction, ainsi que d’un historique complet des versions, indique le Dr Mercier-Linteau. Les contributeurs doivent obligatoirement s’identifier et respecter leur code de déontologie. L’édition de certains contenus peut, lorsque nécessaire, être restreinte à des groupes précis afin d’ajouter un niveau de sécurité supplémentaire. »

Selon le Dr Archambault, la souplesse de Wikimedica constitue également un atout en contexte de crise. « La capacité de mettre à jour des renseignements en temps réel transforme la plateforme en véritable bibliothèque virtuelle vivante. En cas de situation grave ou de pandémie, cette agilité peut faire une différence majeure pour soutenir la prise de décision au chevet des patients et orienter l’organisation des soins », insiste-t-il.

Le libre accès comme levier de transformation

Pour les Drs Saint-Gelais et Mercier-Linteau, le choix du libre accès était au cœur du projet. « Il existe beaucoup de contenus gratuits sur Internet, mais gratuit ne veut pas dire libre accès, rappelle le Dr St-Gelais. Le droit d’auteur limite souvent la réutilisation, et oblige à refaire un travail déjà financé. À l’inverse, le libre accès sous licence ouverte permet d’adapter le contenu ou de le redistribuer tel quel, à condition de mentionner sa provenance et de le partager sous la même licence. »

Cet aspect est également déterminant pour le développement des outils d’intelligence artificielle en santé. « L’IA ne peut pas s’appuyer sur des données fermées, non structurées ou non contextualisées, explique le Dr Mercier-Linteau. Les systèmes cliniques d’ici doivent compter sur des réponses conformes à notre réalité. Wikimedica aspire à devenir cette source de connaissances structurées, ouvertes et pertinentes pour le développement des systèmes apprenants du réseau de la santé québécois. » Un robot conversationnel intégré à la plateforme et destiné aux professionnels de la santé est d’ailleurs en préparation et devrait voir le jour à l’hiver 2026.

En 2025, Wikimedica a enregistré plus de 800 000 visites de partout dans la francophonie. Une portée internationale qui confirme le potentiel de la plateforme à démocratiser l’accès à une connaissance médicale et à optimiser l’efficience des systèmes de santé.