18 février 2026
Amical : un compagnon conversationnel pour réduire la solitude des aînés vivant avec des troubles neurocognitifs
Amical est un compagnon d’intelligence artificielle sous forme de téléphone classique que les personnes atteintes de troubles neurocognitifs peuvent utiliser pour converser et briser la solitude.
Les troubles neurocognitifs s’accompagnent fréquemment de symptômes comportementaux et psychologiques, tels que l’anxiété, l’agitation ou la confusion. Chez certains individus, ces manifestations prennent la forme d’appels téléphoniques répétés aux proches, de jour comme de nuit. Ce déluge d’appels, épuisant pour les familles et le personnel soignant, conduit parfois au retrait de l’appareil, une mesure qui, bien que compréhensible, contribue souvent à accentuer le sentiment de solitude et l’agitation de la personne atteinte.
C’est en réponse à cette réalité — telle que vécue par sa propre grand-mère — et à une rencontre avec le gériatre Félix Pageau que Tony Aubé a développé Amical, un compagnon conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle destiné aux aînés vivant avec des troubles neurocognitifs. « Amical s’incarne dans un téléphone filaire de forme classique que la personne peut employer à tout moment pour discuter, explique Tony Aubé, cofondateur et président d’Amical. Le fait de pouvoir converser à sa guise réduit le sentiment de solitude du patient, l’occupe et stimule ses facultés cognitives. »
Quand la techno et l’éthique marchent ensemble
Depuis ses débuts, en 2024, Amical se développe en cocréation étroite avec les milieux cliniques. Le gériatre et éthicien Félix Pageau, le neuropsychologue Carol Hudon et l’ergothérapeute Marie-Ève Lamontagne ont rapidement été sollicités et agissent comme conseillers scientifiques pour que l’intégration de cette technologie auprès des bénéficiaires et du personnel soignant se fasse de manière responsable.
« Par exemple, certains usagers exprimaient un malaise à l’idée que les aînés croient s’adresser à un humain alors qu’il n’en est rien, raconte le Dr Pageau. Comme éthicien, je me dois de valoriser le rapport à la vérité, mais, comme médecin spécialiste en gériatrie, j’évalue que le bien-être ressenti par mes patients lors de ces échanges demeure prioritaire. Entre ces deux balises, il faut naviguer avec jugement. »
Priorité au bien-être et à la transparence
Les observations du Dr Pageau ont aiguillé Tony Aubé dans le développement de son innovation. « Sitôt le combiné décroché, Pauline, l’intelligence artificielle, engage la conversation de façon bienveillante, explique M. Aubé. Elle se présente comme une amie qui souhaite prendre des nouvelles de son interlocuteur et lui pose des questions sur des thèmes généraux, tels que la journée en cours, sa famille ou ses souvenirs de vie, tout en évitant de mener la discussion vers des sujets sensibles qui pourraient susciter des émotions désagréables chez l’usager. De plus, elle s’adapte à la langue et au rythme de la personne. »
Le développeur et son équipe ont également érigé la transparence au rang des priorités. « Nous avons programmé Pauline pour qu’elle révèle clairement être une intelligence artificielle lorsqu’on la questionne à ce sujet. Nous avons aussi refusé certaines demandes de proches souhaitant cloner leur voix afin de rendre l’échange plus rassurant, affirme Tony Aubé. Nous estimions que cela risquait plutôt de générer de la confusion et des sentiments négatifs chez la personne âgée. »
Une étude en vue d’un déploiement à grande échelle
En janvier 2026, l’équipe clinique a débuté une étude visant à cerner les enjeux émergents liés à l’utilisation d’Amical en milieu de soin. « Nous évaluerons l’impact de cette innovation sur le bien-être des patients, sur la fréquence des visites de leurs proches et sur l’usage potentiel des transcriptions des conversations, explique le Dr Pageau. Nous souhaitons, par le fait même, réfléchir à la place que peut occuper l’intelligence artificielle dans les soins : entre la situation idéale et la réalité du terrain marquée par une pénurie de main-d’œuvre, quelle est la meilleure manière d’exploiter ces outils pour préserver une équité entre clientèles vulnérables et non vulnérables ? »
Actuellement, Amical est déployé dans les aires communes d’environ 100 résidences pour aînés et suscite un intérêt croissant. « Chaque semaine, une vingtaine d’établissements nous contactent pour faire l’acquisition d’Amical, se réjouit Tony Aubé. Si l’étude du Dr Pageau confirme l’apport positif de notre produit, nous envisagerons une commercialisation à grande échelle. Nous avons également entamé des discussions avec d’autres corps professionnels afin d’étendre son utilisation, notamment pour évaluer la perte cognitive par le biais des enregistrements des conversations. » Comme quoi une jasette avec Pauline peut mener loin.
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