11 mars 2026
FreeO2 : moderniser l’oxygénothérapie pour mieux soigner
FreeO2 est un dispositif automatisé d’oxygénothérapie qui ajuste en continu l’apport en oxygène afin de respecter la cible de saturation prescrite par le clinicien.
FreeO2 en bref
Les Drs François Lellouche, spécialiste en médecine interne à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), et Erwan L’Her ont innové en développant FreeO2, un dispositif automatisé d’oxygénothérapie. « L’appareil mesure en continu la saturation en oxygène chez la personne, et régule immédiatement sa délivrance, garantissant ainsi l’atteinte de la valeur cible à 90 % du temps, explique le Dr Mathieu Simon, pneumologue et chef du département des soins intensifs à l’IUCPQ où le dispositif a été développé, validé et déployé initialement. Cela raffine le traitement, favorise la guérison des patients, réduit la durée des séjours en milieu hospitalier et libère du temps clinique pour le personnel soignant. »
L’oxygénothérapie et la titration, c’est quoi ?
L’oxygénothérapie est une intervention fondamentale dans la prise en charge de la majorité des populations hospitalières. Pourtant, la façon d’administrer l’oxygène — la titration — a peu évolué depuis plus d’un siècle : le titrage se fait toujours manuellement, au gré des visites du personnel soignant. Cette méthode, par nature imprécise, expose les patients à des épisodes d’hypoxémie et d’hyperoxie — manque ou excès d’oxygène — qui comportent des risques pour la santé.
Genèse de FreeO2
L’idée prend forme au milieu des années 2000, alors que la littérature scientifique pointe du doigt les effets délétères de l’hyperoxie. « On a constaté que les patients qui recevaient trop d’oxygène avaient de moins bons pronostics, la raison étant que l’oxygène produit plus de radicaux libres, qui sont inflammatoires, explique le Dr Simon. Il en résulte une augmentation de la mortalité, notamment pour les infarctus, les pneumonies et plusieurs types de chirurgies. »
Les Drs Lellouche et L’Her entreprennent alors la conception d’une machine qui régulerait automatiquement l’administration d’oxygène en fonction de la cible de saturation prescrite par le médecin. Un premier prototype voit le jour en 2007. Le département de pneumologie de l’IUCPQ et son centre de recherche, le principal en son domaine au Canada, offrent dès lors le terrain clinique nécessaire à la validation scientifique du projet. Dix ans plus tard, l’équipe présente une innovation mature, fonctionnelle et commercialisable.
Une titration en continu
Relié au patient au moyen du saturomètre — la petite pince que l’on installe au bout du doigt —, FreeO2 analyse le taux d’oxygène dans le sang du patient plusieurs fois par minute et ajuste le débit de la thérapie afin de respecter la prescription médicale. La régulation s’effectue de manière graduelle pour ne pas provoquer d’inconfort. « Le patient peut ainsi modifier son niveau d’activité — marcher, manger ou rester assis — sans compromettre son support oxygénatif. En comparaison, les ajustements sporadiques réalisés à la main mènent à une saturation hors cible les deux tiers du temps », affirme le Dr Simon.
De plus, contrairement au rotamètre traditionnel, FreeO2 documente en continu la thérapie. Il devient possible de suivre précisément l’intervention thérapeutique et d’évaluer la réponse du patient aux différentes interfaces d’administration. Ceci contribue à la sécurité du patient et à l’efficience des soins.
FreeO2 : Une innovation médicale qui allège la pression sur le réseau
En plus des avantages pour la santé des patients, FreeO2 favorise l’optimisation des ressources. Il contribue, entre autres, à réduire le gaspillage d’oxygène, à raccourcir d’une journée et demie la durée d’hospitalisation des personnes atteintes de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), qui représentent 20 % de la patientèle adulte traitée dans les hôpitaux canadiens, et il permet aux infirmières et aux inhalothérapeutes de substituer des tâches répétitives par des soins à valeur ajoutée.
Mais, selon le Dr Simon, c’est surtout le sentiment de sécurité qui marque les usagers. « On a une rétroaction extraordinaire à cet effet, insiste le pneumologue. Vous savez, manquer d’oxygène est très anxiogène pour un individu. Du fait de son assistance en continu, FreeO2 rassure tant les patients que le personnel soignant, qui sait que l’appareil n’administre pas d’oxygène inutilement et ne passera pas outre une désaturation. »
À ce jour, plus de 3 000 patients ont été traités avec FreeO2, et environ 300 appareils sont déployés au Québec et ailleurs dans le monde, notamment en Europe. « L’oxygène est le médicament le plus utilisé en centre hospitalier, rappelle le spécialiste. Les guides internationaux recommandent un monitorage continu pour éviter les écarts de saturation et FreeO2 demeure le seul dispositif capable d’assurer la précision de ce traitement. »
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Accéder à cette innovation
FreeO2 est approuvé par Santé Canada pour un usage en milieu de soin seulement. Au moment de publier cet article, tous les hôpitaux québécois ne sont pas équipés de cette technologie. Si vous travaillez dans le réseau de la santé et souhaitez en savoir davantage, nous vous invitons à communiquer directement avec le fabriquant et à en discuter avec les pneumologues de votre établissement.
Si vous êtes un patient et avez recours à l’oxygénothérapie, sachez que la technologie pourrait vous être proposée si elle est disponible à votre hôpital et que le personnel soignant juge qu’elle serait appropriée à votre situation.
Si vous croyez souffrir de problèmes respiratoires, parlez-en à votre médecin de famille. Notez que la FMSQ ne donne aucun rendez-vous et ne touche aucun revenu de la mise en valeur de l’innovation médicale.
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