1 avril 2026

Protocole de réponse rapide aux urgences obstétricales

7 min

L’innovation de la Dre Isabelle Malhamé permet aux femmes enceintes comme au personnel soignant de déclencher un protocole structuré et coordonné de prise en charge rapide des urgences obstétricales et postpartum.

La Dre Isabelle Malhamé est interniste en médecine obstétricale au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine. Auparavant, lors de sa pratique au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), elle a dirigé des travaux conduisant à la cocréation d’un protocole novateur pour optimiser la réponse aux urgences médicales vécues par les femmes enceintes ou postpartum. « Notre initiative conduit l’ensemble des équipes de l’établissement à réagir de manière coordonnée et standardisée aux urgences obstétricales, affirme la médecin spécialiste. Ce protocole, qui peut être activé aussi bien par une infirmière que par la patiente, accélère le déploiement thérapeutique, permet d’offrir les soins appropriés au moment opportun et vise à maximiser l’autodétermination des femmes enceintes et de leur famille lors de situations critiques. »

Bien que les hôpitaux disposent de protocoles pour prendre rapidement en charge les urgences médicales, ceux-ci demeurent inadéquats pour certains problèmes spécifiques à la grossesse et au postpartum, ce qui peut entraîner des conséquences graves pour la mère et le bébé. Dans un contexte où la morbidité maternelle est en augmentation au Canada, particulièrement chez certains groupes démographiques (personnes racialisées, autochtones, ou marginalisées), l’innovation vise à faciliter des traitements mieux ciblés et, donc, plus efficaces.

Mieux soigner les urgences obstétricales

L’idée de départ émane d’un double constat : bien que les milieux de soins aient la capacité de servir une patientèle à haut risque, la diversité des intervenants qui y pratiquent complexifie la communication interprofessionnelle. « Devant une femme enceinte qui dit ressentir un malaise, la réponse médicale relève souvent du jugement clinique individuel du soignant de garde, sans structure de coordination standardisée, ce qui pouvait parfois mener à une détérioration de l’état de la patiente », explique la Dre Malhamé.

Au début de 2024, l’interniste et son équipe amorcent une série de consultations en vue de coconstruire une solution adaptée. À l’automne, un protocole promouvant une communication simple, une information accessible, la participation des patientes et une collaboration interdisciplinaire accrue voit le jour. Deux éléments particulièrement audacieux en émergent : accorder à la voix de la patiente la même importance clinique qu’un signe vital anormal, et permettre aux infirmières d’entreprendre immédiatement examens et traitements sans attendre l’ordonnance du médecin. « En disant : “Je ne me sens vraiment pas bien”, la patiente enclenche la cascade d’actes à poser, raconte la Dre Malhamé. L’infirmière peut, elle aussi, grâce à des ordonnances collectives, instiguer certains soins. »

Innovation et design centré sur l’humain

Introduire un changement de pratique dans un milieu à bout de souffle constitue un défi de taille. Pour ce faire, la Dre Malhamé a misé sur le design centré sur l’humain, une approche basée sur l’empathie et sur la compréhension de l’expérience de toutes les personnes concernées. « Dans toutes les méthodologies participatives, la procédure d’engagement se révèle aussi importante que le résultat, souligne-t-elle. Si nous souhaitons parvenir à une démarche centrée sur l’humain, le processus qui y mène doit l’être également. »

La Dre Malhamé et ses collègues ont donc adapté toute la mécanique de consultation et de validation à la réalité des divers acteurs impliqués : ateliers de remue-méninges, discussions publiques, formules de participation asynchrone, pauses collation-rétroaction sur les lieux de travail, et sollicitation des femmes enceintes, de leurs familles, ainsi que des professionnels indirectement touchés.

Collaboration interdisciplinaire et lien thérapeutique avec la femme enceinte

Bien qu’un projet de recherche soit en cours pour évaluer l’efficacité du protocole, un sondage mené auprès du personnel révèle un fort taux de satisfaction quant à l’enseignement entourant l’implantation de l’outil. « Les soignants disent que le protocole a le potentiel d’améliorer la collaboration interdisciplinaire, et qu’ils ont le sentiment qu’ils donneront des soins de meilleure qualité », se réjouit la Dre Malhamé.

Selon la Dre Malhamé, les observations cliniques sont tout aussi encourageantes : les quelques activations de protocoles par les patientes sont associées à des signes vitaux anormaux. « En interceptant les complications dès le début, on diminue le recours aux interventions aiguës, insiste-t-elle. Chaque événement qu’on empêche de dégénérer en état critique bénéficie à la mère, au bébé, à la famille et au réseau. »

Pour la Dre Malhamé, l’envergure de cette innovation tient avant tout à son aspect collectif. « Ce protocole est une coconstruction entre les patientes, le milieu de la santé et la société civile, qui ont joint leurs efforts dans un but de réduire les iniquités en santé et permettre à tous l’accès à des soins de qualité », souligne la spécialiste.

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Accéder à cette innovation

Si vous êtes une femme enceinte et effectuez votre suivi de grossesse au CHU Sainte-Justine, ce protocole pourrait vous être proposé. Si ce concept vous intéresse, mais ne vous est pas accessible, partagez cet article avec votre médecin et votre entourage. Qui sait où cela pourrait mener ?

Si vous faites partie du personnel soignant et souhaitez en savoir plus, vous pouvez communiquer avec l’équipe de persée ou vous rapprocher du GEM Hub (site en anglais seulement). Il s’agit d’un réseau, dont la Dre Malhamé est chercheure principale nominée et cofondatrice, porté par la communauté qui a pour objectif d’orienter la recherche et la mobilisation des connaissances en vue d’améliorer les soins pendant et après la grossesse. Le GEM Hub rassemble des personnes avec un savoir expérientiel, des personnes cliniciennes, chercheuses et des responsables des politiques de partout au Canada.