3 février 2026
Le blocage du ravitaillement en cholestérol, une arme innovante contre le cancer
Une combinaison de médicaments utilisés pour la protection cardiaque permet de bloquer le ravitaillement en cholestérol aux cellules cancéreuses, provoquant de fait le ralentissement de la progression du cancer et une réponse accrue à la chimiothérapie.
Le temps est crucial dans la lutte contre le cancer, les cellules cancéreuses proliférant à grande vitesse. Malheureusement, certains diagnostics nécessitent des examens et des analyses qui impliquent d’importants délais, ce qui donne l’heur à la maladie de gagner du terrain avant le début des traitements.
Pour pallier ce problème, la Dre Anne Gangloff, médecin spécialiste en biochimie médicale à la Clinique des maladies lipidiques au CHU de Québec-Université Laval, a développé une approche thérapeutique innovante permettant de ralentir considérablement la progression de certains cancers tout en augmentant l’efficacité de la chimiothérapie. « En combinant certains médicaments déjà utilisés pour la protection cardiaque, on abaisse fortement les taux de mauvais cholestérol dont dépendent les cellules cancéreuses pour se multiplier, explique-t-elle. Ce traitement est peu dispendieux, généralement bien toléré par le patient, facilement administrable par télémédecine et peut prolonger la vie de plusieurs mois. »
Un aspirateur à cholestérol
L’innovation de la Dre Gangloff s’inscrit dans un parcours de longue haleine. « Avant mes études en médecine, j’ai complété un PhD portant sur le rôle central du cholestérol dans la survie de certains cancers hormonodépendants. Plusieurs années plus tard, lorsque mes premiers patients en protection cardiovasculaire ont affiché des taux de cholestérol effondrés, j’ai eu l’intuition que ce traitement pourrait contribuer à freiner certains cancers », se souvient la spécialiste.
Le principe : une cellule-mère cancéreuse emploie le mauvais cholestérol pour former les membranes qui lui permettront de se diviser en deux cellules-filles. Seulement, la combinaison médicamenteuse utilisée par la Dre Gangloff transforme le foie en aspirateur à cholestérol, privant ainsi la cellule-mère du précieux matériau qui l’aide à se multiplier et vouant, de fait, la division cellulaire à l’échec.
Des résultats préliminaires prometteurs
Depuis cinq ans, la Dre Gangloff traite une vingtaine de personnes atteintes à la fois d’hypercholestérolémie et de cancer. « Nos données provenant de ce groupe de patients indiquent que la progression du cancer de l’ovaire, du côlon et du pancréas est ralentie par l’ajout de la statine lipophile et des autres hypolipidémiants. Lorsque la chimiothérapie entre en jeu, la réponse à cette dernière est amplifiée », se réjouit-elle.
La spécialiste insiste : l’embargo sur le cholestérol ne constitue pas une cure ni une substitution à la chimiothérapie, et elle doit être complémentée d’une reprogrammation métabolique. Toutefois, elle conjure favorablement les conséquences des délais qui s’immiscent dans la trajectoire thérapeutique. « Il peut parfois s’écouler jusqu’à six semaines entre un diagnostic de cancer et le début de la chimiothérapie. En attendant, la maladie continue de progresser. Si on peut empêcher les cellules cancéreuses de se multiplier en administrant le traitement dès le début, on gagne un temps précieux ».
Démocratiser l’accès
L’approche innovante de la Dre Gangloff est actuellement limitée aux patients présentant une indication claire d’hypocholestérolémiants. « Les études requises pour élargir l’accès à ce traitement sont onéreuses et difficiles à financer, déplore-t-elle. Pourtant, notre expérience suggère que les patients et le réseau de la santé auraient beaucoup à y gagner. Des données définitives nous permettraient, à terme, de développer un algorithme de blocage précoce du cholestérol auquel les omnipraticiens et les spécialistes pourraient recourir dès la suspicion d’un cancer. Le Québec étant l’épicentre de l’hypercholestérolémie familiale, il jouit d’une expertise pointue qui pourrait profiter à de nombreuses personnes. Ce serait dommage de laisser passer une telle opportunité. »
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