18 mars 2026

Un protocole innovant pour fluidifier les suivis de coloscopie

6 min

Le Suivi systématique postpolypectomie est un protocole innovant qui permet un suivi efficace et rapide des coloscopies élaboré par le Dr Louis-Charles Rioux, gastroentérologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Le Suivi systématique postpolypectomie : l’innovation en bref

Le Dr Louis-Charles Rioux, gastroentérologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, a élaboré le Suivi systématique postpolypectomie (SSPP), un protocole innovant qui oriente de manière efficiente et standardisée la prise en charge des patients à qui on a retiré des polypes lors d’une coloscopie. «Coordonné par une infirmière bachelière, le SSPP facilite l’accès aux résultats d’examen, recadre le suivi thérapeutique et libère du temps clinique pour les spécialistes», résume le Dr Rioux.

Le cancer du côlon

Le cancer du côlon est le deuxième cancer en importance chez les femmes, et le troisième chez les hommes. Il engendre chaque année des milliers de décès. Ces données alarmantes ont conduit, en 2010, à l’instauration du Programme québécois de dépistage du cancer colorectal (PQDCCR) et, par conséquent, à la mise à niveau de toutes les salles d’endoscopie de la province.

Le suivi des coloscopies : un enjeu réglé grâce au Suivi systématique postpolypectomie

Quelques années déjà avant l’implantation du PQDCCR, les équipes de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont étaient à pied d’œuvre afin d’améliorer le fonctionnement des avenues touchées par un dépistage à plus large échelle. Malgré les progrès notables apportés aux pratiques médicales, aux soins infirmiers et aux systèmes informatiques, un bémol subsiste : le suivi des coloscopies.

«Lors de l’examen du côlon, le gastroentérologue retire parfois des polypes, explique le Dr Rioux. Ces petites boules de chair sont soumises à une analyse pour déterminer leur potentiel de nocivité. Lorsqu’un polype est cancéreux, le patient est immédiatement pris en charge. Mais pour les polypes bénins, nous n’avions pas de processus formel pour diriger la suite des choses. Qui avise le patient des résultats ? Quel type de suivi devra être fait à l’avenir ? Cela manquait d’uniformité.»

En 2020, devant l’augmentation du nombre de coloscopies induite par le PQDCCR, le Dr Rioux et son équipe entreprennent la création d’un protocole de suivi systématique. On élabore un algorithme décisionnel afin d’aiguiller la trajectoire thérapeutique selon le type de polype réséqué, on standardise la terminologie utilisée pour mieux l’arrimer aux recommandations des chartes, et un comité d’experts rédige une ordonnance collective et une ordonnance individuelle préformatée dans le but d’accélérer certaines étapes du processus. Enfin, on assigne une infirmière bachelière spécialisée en endoscopie au fonctionnement de l’ensemble des opérations.

«L’infirmière devient le point de chute de toutes les requêtes liées au SSPP, souligne le Dr Rioux. Concrètement, elle téléphone au patient pour l’informer des résultats de sa coloscopie et elle envoie une lettre au médecin traitant pour lui transmettre la nature histologique des polypes retirés et lui proposer le délai pour prochaine coloscopie. Elle peut également, dans son acte délégué, prévoir et signer la demande de coloscopie qui aura lieu dans trois, cinq ou sept ans. En définitive, le patient dont les polypes sont acheminés au SSPP n’est pas revu par le gastroentérologue.»

Des résultats rapides et des listes d’attente réduites grâce à ce protocole innovant

À ce jour, plus de mille usagers ont bénéficié des fonctionnalités de ce protocole et les conclusions sont éloquentes à maints égards: amélioration de l’accessibilité aux résultats, meilleure prise en charge du patient, et libération de temps clinique pour le médecin spécialiste. «Les patients reçoivent leurs résultats de vive voix dans un délai d’un mois, plutôt que six lorsque c’est le clinicien qui fait le suivi, se réjouit le Dr Rioux. Les gens apprécient d’être rassurés rapidement!»

L’innovation du Dr Rioux favorise également une justesse accrue en ce qui a trait à la fréquence des suivis. «Actuellement, bien des coloscopies de contrôle sont inutiles, affirme le spécialiste. Par exemple, le Programme québécois de cancérologie et d’autres organisations américaines stipulent qu’un polype hyperplasique est bénin et ne nécessite pas de coloscopie de suivi. En recourant à la bonne terminologie et en l’arrimant aux chartes, nous pouvons réduire les listes d’attente et faire en sorte que les cas prioritaires soient traités à temps.»

Le Dr Rioux voit dans le SSPP un atout précieux pour aider à résoudre la crise de l’accessibilité. «Les soins de santé prodigués au Québec sont certes de qualité, mais leur accès demeure le talon d’Achille du réseau, conclut le gastroentérologue. Notre expérience nous a convaincus que le SSPP, qui est adaptable à divers milieux, peut contribuer à solutionner ce problème. Bien que cela puisse être difficile de revoir certaines de nos pratiques, je crois que nous avons beaucoup à gagner en faisant confiance aux outils que nous façonnons.»

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Accéder à cette innovation

Si vous travaillez dans le réseau de la santé et souhaitez mettre en place le Suivi systématique postpolypectomie (SSPP) dans votre établissement, nous vous invitons à communiquer avec l’équipe de persée, qui vous mettre en contact avec les personnes ressources.

Si vous êtes patient et souhaitez profiter de ce type de suivi, vérifiez auprès de votre médecin soignant si le SSPP vous est accessible et, au besoin, parlez de cet article à votre médecin.