27 mai 2026
Traiter l’épilepsie pédiatrique grâce à la cartographie cérébrale et à la neuromodulation
Les neurologues québécois s’appuient sur la cartographie cérébrale et la neuromodulation pour traiter l’épilepsie chez les enfants résistants à la médication et non admissibles à une chirurgie résective.
Des neurologues et neurochirurgiens engagés ont instauré ces dernières années un programme intégré de cartographie cérébrale et de neuromodulation dans les quatre centres pédiatriques du Québec : Hôpital de Montréal pour enfants, CHU de Québec — Université Laval (CHUL), Hôpital Fleurimont CHUS et CHU Sainte-Justine. À ce dernier hôpital, le programme repose sur une équipe médicale composée des Drs Alexander Weil, Inge Meijer et Aris Hadjinicolaou. Cette approche a transformé la prise en charge des jeunes patients atteints d’épilepsie pharmacorésistante. « Grâce à une synergie coordonnée entre diverses expertises, des protocoles clairs, des technologies novatrices et des techniques chirurgicales de pointe, nous pouvons à présent offrir des solutions thérapeutiques aux patients qui ne répondent pas à la médication et qui étaient auparavant jugés inopérables », affirme le Dr Hadjinicolaou, neurologue au CHU Sainte-Justine.
L’épilepsie : une maladie complexe à traiter
L’épilepsie est une maladie neurologique chronique causée par une activité électrique anormale dans certaines parties du cerveau. Elle se manifeste par des crises récurrentes pouvant inclure des convulsions, des changements comportementaux ou des altérations de l’état de conscience. C’est la maladie neurologique la plus courante en pédiatrie. Elle est généralement traitée par des médicaments, mais lorsque ces traitements échouent, une chirurgie visant à retirer la zone épileptogène peut être envisagée.
Or, près du tiers des enfants atteints d’épilepsie ne répondent pas à la médication. Jusqu’à récemment, plusieurs d’entre eux demeuraient inopérables en raison d’outils diagnostiques insuffisants. « Notre capacité à localiser précisément l’épilepsie dans le cerveau se trouvait limitée, ce qui augmentait le risque de séquelles à la suite d’une chirurgie, déplore le Dr Hadjinicolaou. Ces patients faisaient face à une impasse thérapeutique. »
L’idée d’un programme transdisciplinaire
L’idée d’un programme intégré émerge en 2016, lorsque le neurochirurgien Alexander Weil amorce la structuration des approches de neuromodulation au CHU Sainte-Justine. L’arrivée des neurologues Inge Meijer (en 2018) et Aris Hadjinicolaou (en 2022) permet de consolider le cœur de l’initiative. Soutenu par une équipe multidisciplinaire, le trio entreprend la conception d’un corridor de soins complets. On coordonne les trajectoires d’investigation, on acquiert des outils diagnostiques et thérapeutiques novateurs et on affine l’expertise chirurgicale. En 2023, le programme accueille ses premiers patients, ce qui se produit en parallèle dans l’ensemble des centre pédiatiques du Québec.
L’équipe dédiée au traitement de l’épilepsie au CHU Sainte-Justine pose à l’occasion de la Journée Lavande, une journée nationale de sensibilisation à l’épilepsie tenue le 26 mars de chaque année.
Cartographie cérébrale et neuromodulation : des options thérapeutiques plus précises et efficaces
L’innovation génère rapidement des gains concrets. « Grâce à des technologies telles que la stéréo-EEG*, la neuronavigation et l’imagerie avancée, nous pouvons cartographier le cerveau du patient et identifier avec justesse les aires touchées par l’épilepsie, se réjouit le Dr Hadjinicolaou. Il est maintenant possible d’opérer des patients que nous n’aurions pas opérés auparavant, et de le faire de façon sécuritaire. »
Pour les patients qui demeurent inopérables, une option thérapeutique est désormais accessible : la neuromodulation. Celle-ci peut être réalisée de manière invasive ou non invasive et bénéficie tant aux patients épileptiques qu’aux enfants présentant des troubles du mouvement complexes. « Le but est de rééduquer l’activité des zones épileptogènes dans le cerveau à l’aide de légères impulsions électriques ciblées, explique le Dr Hadjinicolaou. C’est une procédure laborieuse qui requiert l’intervention simultanée de plusieurs équipes spécialisées, ce qui était irréalisable avant le programme. »
* stéréo-EEG : stéréo- électroencéphalographie
50 % moins de crises d’épilepsie grâce à la neuromodulation
Selon le Dr Hadjinicolaou, les résultats cliniques sont probants. « On note une réduction de 50 % de la fréquence et de la gravité des crises chez la moitié des patients traités par neuromodulation, se réjouit le neurologue. Les équipes observent également des améliorations de la qualité de vie, de la participation scolaire et, dans certains cas, une diminution du fardeau médicamenteux. Par ailleurs, le programme nous permet d’intervenir plus tôt et, conséquemment, de prévenir la chronicisation de la maladie. »
Le médecin spécialiste et son équipe sont heureux de l’impact de ce traitement sur les jeunes patients « Nous avons développé ce programme en prenant en considération l’ensemble des ressources disponibles au Québec. Compte tenu de la grande variabilité de l’épilepsie et des importantes différences interindividuelles, la convergence des expertises est cruciale pour améliorer notre compréhension de la maladie et son traitement. »
Accéder à cette innovation
Si vous êtes médecin membre d’une équipe multidisciplinaire appelée à traiter des enfants épileptiques et souhaitez plus d’informations, nous vous invitons à communiquer avec l’un des centres hospitaliers offrant ces solutions dans votre région et autres représentants pédiatriques de programme intégré.
Si vous être patient atteint d’épilepsie, vous aurez accès à ces services et traitements de pointe si le médecin traitant le juge approprié.
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